Pourquoi faut-il réguler les loyers à Bruxelles ?
Contre-argumentaire adressé aux détracteurs de la régulation des loyers en Région de Bruxelles-Capitale.
En région bruxelloise, trouver un logement abordable est devenu presqu’impossible pour un grand nombre de gens [1]. Environ 10% des Bruxellois·es prétendent désespérément à un logement social (soit 60.500 ménages inscrits sur liste d’attente) [2] , tandis que les loyers sur le marché locatif privé ne cessent d’augmenter. Payer son loyer devient un défi quotidien avec des conséquences parfois dramatiques. Ainsi, plus de 4.000 jugements d’expulsions de locataires sont rendus annuellement – dans la majeure partie des cas pour incapacité de paiement du loyer, trop élevé par rapport aux capacités financières des ménages [3].
Face à une situation qui perdure depuis des décennies, des dispositifs ont été mis en place pour aider les personnes en situation de précarité, comme les allocations loyer ou de relogement. Mais ceux-ci restent largement insuffisants. Pire : sans encadrement des loyers, ces mesures participent à alimenter leur hausse. Piégé·es dans une situation où les logements abordables sont rares, les locataires préfèrent souvent rester dans des logements dont les loyers sont déraisonnables et/ou les conditions délétères. Certain·es bailleur·esses, mus par un sentiment d’impunité, continuent pour leur part à mettre en location des logements à des prix exorbitants.
Ces constats exigent des responsables politiques bruxellois·es qu’ils et elles prennent des mesures fortes pour réguler le marché locatif privé. Une première (modeste) initiative législative a consisté, récemment, à conférer au juge de paix le pouvoir de réviser les loyers dits « abusifs », mais l’ordonnance du 10 avril 2025 fait l’objet d’un recours en annulation déposé, devant la Cour constitutionnelle, par des fédérations représentant certain·es propriétaires, agent·es
immobilier·es et entreprises de la construction immobilières (UPSI, le SNPC, Embuild, Federia, …).
Dans un même mouvement, ces mêmes organisations ont lancé une vaste campagne de dénigrement contre l’ordonnance « luttant contre les loyers abusifs » et plus largement contre toute mesure qui consisterait à réguler les loyers, recourant à des clichés généralement faux ou non vérifiés scientifiquement. Pour contrer ces attaques, nous estimons nécessaire de répondre avec des arguments solides en faveur du droit au logement pour toutes et tous. De même, certaines associations co-rédactrices de cet argumentaire ont fait, à la mi-décembre 2025, intervention volontaire devant la Cour constitutionnelle pour défendre le maintien de l’ordonnance bruxelloise luttant contre les loyers abusifs.
Cet argumentaire rassemble une série d’éléments, chiffres et autres données scientifiques en réponse à neuf attaques très fréquemment formulées contre l’encadrement des loyers, et largement véhiculées au sein de l’opinion publique :
1. « Réguler les loyers va freiner les investissements dans le marché locatif privé et impacter négativement l’offre locative. »
2. « Pour faire baisser les prix des logements, il ne faut pas réguler les loyers mais augmenter la production de logements privés. »
3. « Réguler les loyers, c’est toucher aux revenus de petit·es propriétaires pensionné·es qui en ont besoin pour vivre. »
4. « Les exemples d’autres grandes villes montrent que la régulation des loyers ne fonctionne pas et/ou a pour effet de réduire l’offre de logements locatifs. »
5. « Bruxelles ne pratique pas des loyers particulièrement élevés si on la compare à d’autres grandes villes européennes. Il est donc superflu d’y réguler les loyers. »
6. « Les nouvelles normes de rénovation des logements imposent aux propriétaires des travaux trop lourds pour eux. Ils doivent être pris en charge par les pouvoirs publics et/ou répercutés sur le montant du loyer. »
7. « La grille des loyers bruxelloises est obsolète et non représentative du marché. »
8. « La nouvelle Commission Paritaire Locative ne servira à rien pour les locataires. »
9. « Si on conditionne l’octroi d’une prime à la rénovation au conventionnement du loyer, les petites propriétaires vont être contraintes de revendre leurs biens à des grosses sociétés immobilières peu scrupuleuses. »
Découvrez l’argumentaire dans son entièreté, en cliquant ici

[1] Nous pensons qu’il faut arrêter de parler de “crise” du logement : la situation actuelle n’est pas le résultat d’une crise, c’est le fonctionnement normal d’un marché dérégulé. Parler de crise donne l’impression qu’il s’agirait simplement de mettre en place des mesures ponctuelles (du type limitation d’indexation les loyers) le temps que la crise passe, et que tout reviendrait ensuite “à la normale”, sans régulation donc. Nous dénonçons au contraire le fonctionnement structurel du marché, et plaidons pour des mesures
structurelles qui permettent de ré-équilibrer le rapport inégal entre locataires et propriétaires.
[2] Ces chiffres proviennent de D. ROBBEN, SLRB, Rapport annuel 2024, La SLRB dessine Bruxelles, 2024, p. 59. 60.419 ménages, soit environ 120.000 personnes, sont sur une liste d’attente pour accéder à un logement social. Par ailleurs, selon l’OCDE, plus de 600.000 personnes se trouveraient dans les conditions pour prétendre à un logement social.
[3] Pernelle GODART, Eva SWYNGEDOUW, Mathieu VAN CRIEKINGEN et Bas VAN HEUR, « Les expulsions de logement à Bruxelles : combien, qui et où ? », Brussels Studies [En ligne], Collection générale, document 176, mis en ligne le 12 février 2023, consulté le 18 janvier 2026, https://journals.openedition.org/brussels/6434